Sobriété IA

La sobriété du monde virtuelle n’est pas naturelle. Bien au contraire, plus encore que dans le réel, le virtuel nous pousse à la consommation, avec un impact direct sur nos ressources naturelles planétaires. La IA en est le plus belle exemple. Alors comment utiliser la IA sobrement ?
Sobriété IA

L'outil est une extension de la main et du cerveau de l’homme. L'outil ne remplace pas l’homme. Un marteau posé sur une table ne plantera jamais un clou tout seul.

De la même manière, l’IA doit rester un outil au service de l’homme, et non penser les choses à sa place. Hors l’IA dès le départ a été utilisée comme un substitut à la réflexion, à la recherche active et même à la réalisation d'objets réels ou virtuels. L’exemple de Gemini qui s’impose dans la recherche Google sans même qu’on ne l’y ait invité est représentatif de cette substitution : l'IA cherche et trouve à notre place.

L’idée même que l’IA pourrait tout remplacer et surtout l’homme et son travail est vertigineuse. Elle est aussi incompatible avec les ressources planétaires disponibles actuellement, paradoxalement nécessaires à son propre développement.

Qu’est-ce que serait une IA sobre ?

C'est-à-dire un outil qui assiste l’homme dans son travail mais qui ne le remplace pas, qui ne soit pas omniprésent et qui s’inscrit dans un développement évolutif contrôlé des outils, sans en sauter des étapes. L’IA sobre serait l'assistante de l’humain et non le substitut de l’humain, c'est-à-dire qu’elle aiderait l’humain dans ses créations plus que dans ses tâches.

En technologie cela pourrait se traduire par une IA qui ne remplace pas le logiciel: 

  • l’humain conçoit l'outil qui automatise les tâches ; 
  • l’IA assiste l’humain dans la fabrication de cet outil, le logiciel ; 
  • le logiciel exécute les tâches.

Un logiciel, un ensemble d'algorithmes, est une programmation pour réaliser des tâches répétitives, pour assurer un flux spécifique qui aura été théorisé et appliqué par l’humain. C’est par exemple la gestion de la comptabilité de l'entreprise. Un logiciel comptable est capable de réaliser un compte de résultats, un bilan à partir des données qu’on lui aura fourni. C’est une tâche qu’il réalise toujours de la même manière chaque jour, mois ou année. Aujourd’hui, avec le “réflexe IA” on pourrait être tenté de demander directement à une IA de faire la comptabilité. Même si elle est sûrement capable de le faire, le résultat pourrait se révéler imprécis et bien sûr très énergivore.

La sobriété de l'IA consiste donc à utiliser le bon outil pour la bonne fonction et ne pas lui relayer toutes les tâches sans discernement. De même que l’humain doit continuer à chercher sur Google s’il veut préserver son esprit critique, il doit utiliser un logiciel pour faire sa comptabilité.

Dans cette logique, le véritable rôle de l’IA serait donc l’accompagnement du concepteur (humain) pour la fabrication d’un outil, et non de remplacer l'outil en faisant le travail elle-même.

Construire avec l’IA

Ne pas savoir exactement où et comment utiliser l’IA est peut-être le plus déroutant et ce qui donne aux utilisateurs, à la fois le vertige des possibilités d’un tel outil et la peur de perdre le contrôle. L'utilisateur doit être conscient qu’il construit quelque chose, qu’il met au point un outil pour réaliser des tâches nécessaires et bien définies. La réflexion en amont de l'utilisation d’un assistant IA est humaine. Les plans, les objectifs de l’outil sont aussi le travail de l’humain. Le travail de l’assistant IA arrive en second lieu, pour l’exécution de ces plans débouchant sur la fabrication de quelque chose : un algorithme, un programme, ou un simple document comme un rapport d’activités. En technologie, cette démarche est évidente, notamment dans la réalisation d'une fonction de logiciel. Dans la vie courante elle l’est moins. Nous ne sommes pas habitués, ni n’avons la nécessité, de concevoir et fabriquer des outils au quotidien. On serait donc amené à conclure que nous ne devrions pas avoir à utiliser l'IA au quotidien.

Cadrer l’IA

En ce sens, l'assistant IA - on devrait dire l’exécutant IA utilisé dans la mise en œuvre de tâches pensées par l’humain - nécessite un apprentissage. Elle doit être entraînée par son Humain, lui-même formé à travailler avec un assistant virtuel. Elle est ainsi utilisée dans un cadre précis permettant de contrôler autant l’objectif à atteindre que l’énergie nécessaire à cette fonction. A l’opposé, l’IA générative que le public utilise directement depuis son téléphone est un gadget sans grande utilité et qui gaspille les ressources mondiales de manière décontrôlée. C’est comme aller chercher son pain en Ferrari à la boulangerie d’en face, ou prendre son jet privé pour aller passer une soirée chez des amis. Néanmoins, tout le monde ne possède pas une Ferrari ou un avion. La possession par quelques-uns de ces moyens scandaleusement démesurés est donc moins impactante pour la planète - en valeur absolue - que l’utilisation de l’IA depuis son téléphone par une grande partie de la population mondiale.

En fin de compte

On ne reviendra pas en arrière, l’IA est là pour rester. Par contre, il est possible de l’utiliser pour ce qu'elle est, un outil pour nous aider à réaliser d’autres outils. L’IA devrait être utilisée ponctuellement dans un cadre défini, souvent répondant à la mise en exécution d’un projet, c'est-à-dire à la fabrication de quelque chose de nouveau. Elle ne devrait pas être utilisée dans l’exécution de tâches répétitives qui pourraient être assumées par un logiciel ou une machine conçue à cet effet et encore moins par tout un chacun pour des requêtes sans grande importance.


Les vaches consomment plus que les avions

Mais au fait, pourquoi s'orienter vers la sobriété (et pas seulement celle des IA) ?

Simplement parce que nos ressources, celles de tous les terriens, s'épuisent à vue d'œil. Nos secteurs d’activités, le numérique et les voyages, sont en première ligne parmi les coupables.

Les dégâts environnementaux entraînent l'épuisement des ressources en matériaux et en énergie avec pour conséquence des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

Entre technologie, aviation et élevage, c’est ce dernier qui arrive largement en tête des pollueurs. Il représente environ 14,5 % des émissions mondiales de GES, soit bien plus que le transport aérien. L'élevage occupe aussi 83 % des terres agricoles tout en ne fournissant que 18 % des calories, et génère 32 % du méthane d'origine humaine via la fermentation entérique des ruminants.

La technologie et le numérique représentent environ 3,8 % des émissions mondiales, avec une croissance d'environ 6 % par an, tirée par les data centers et l'IA générative. En France, l'ADEME a réévalué son empreinte à 4,4 % de l'empreinte nationale. Une particularité : environ 80 % des émissions d'un appareil (téléphone, ordinateur…) sont déjà produites avant sa première utilisation (fabrication, métaux rares).

L’ Aviation atteint environ 2,9 % du CO₂ mondial émis (incluant la production de kérosène), mais représente environ 5,9 % du réchauffement climatique en intégrant les effets hors CO₂ (traînées de condensation, cirrus, NOx). C'est aussi un secteur très inégalitaire : seuls 11 % de la population mondiale a pris l'avion en 2018, et 1 % des personnes causent 50 % de ses émissions.

En résumé, actuellement

L'impact environnemental est avant tout dû à l'élevage qui pèse 4 à 6 fois plus que l'aviation, plus ou moins identique au numérique en part actuelle. L'élevage et l'aviation croissent modérément, tandis que le numérique (IA, data centers) connaît la croissance la plus rapide des trois.