NEC BFC #5
Le numérique peut-il être encore émancipateur ?
En septembre 2026, au NEC BFC N°5 à Dijon, une question m’est venu en tant que dirigeant de Destino World Intégration, entreprise conçue pour facilité la transition numérique : Pourquoi, malgré des investissements publics massifs, les entreprises privées – et surtout les citoyens – restent-ils les grands absents de la transition numérique ?
Entre régulation, inclusion et souveraineté, les débats ont révélé un paradoxe : le numérique est politique, mais il ne peut réussir sans une approche collective.
Très peu de représentants du privé étaient présents (manque d’intérêts ? pas concerné par le sujet ?). Quelques associations et organismes semi privés ont participé activement aux débats, car tout aussi dépendant de l’Etat, notamment financièrement. Je me suis senti, non pas comme le loup dans la bergerie, mais plutôt comme l’agneau au milieu de la meute. J’ai pu me rendre compte que les entreprises de la tech étaient souvent prises pour des requins profitant du manque de connaissance de leur client pour leur coller n’importe quelles solutions digitales. Un raccourci certes, mais venant de quelques commentaires notés ça et là durant les échanges. Pourtant, je pense au contraire qu’il n’y aura pas de bonne transition numérique sans l’interaction entre public et privé.
Le numérique, un enjeu de résilience démocratique
Comme l’a souligné M. Molinoz (Président de l’ARNia), le numérique est bien plus qu’une question technique :
« Maîtriser les outils et les enjeux, c’est éviter les fractures sociales et garantir la résilience de notre modèle démocratique. »
Les menaces, comme la géopolitique ou les cyberattaques, ne viennent plus seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur :
- L’IA et les réseaux transforment nos sociétés à une vitesse vertigineuse.
- La cybersécurité est devenue un impératif, y compris pour les petites communes - et petites entreprises... Il est plus facile de pirater un ordinateur que d’entrer par effraction dans une maison.
- La déshumanisation des démarches exclut les plus fragiles : 45 % des Français (contre 15 % en 2016) déclarent avoir des difficultés avec les démarches administratives numérisées (source : interventions de Pierre Bonnevie et Léo Bégin-Doisy).
Il en résulte notamment
- un non-recours aux droits massif : 600 000 personnes n’osent pas demander le RSA,
- une méfiance croissante envers l’IA,
- des systèmes conçus pour des "usagers standards", pas pour la diversité des situations réelles.
Une numérisation sans les usagers
- 94 % des Français sont internautes, mais 49 % ne se sentent pas autonomes dans leurs démarches.
- L’inclusion numérique ne se décrète pas : elle se construit avec l’accompagnement humain. C’est le principal frein identifié.
- Les communes et associations manquent de temps et de compétences pour sécuriser leurs données. (exemples : fuites exploitées pour des arnaques ciblées).
- Les outils actuels doivent être fiables (contre-exemple de l’ANEF et ses anomalies de conception qui à conduit à des condamnations de l’État.
Le numérique devient alors un accélérateur d’exclusion
- Barrières linguistiques : jargon administratif.
- Charge mentale : « J’ai peur de cocher la mauvaise case ».
- Instabilité matérielle : le système de délivrance des titres de séjour bloqués par des bugs.
Il faut repenser le numérique avec la société…
Impliquer les entreprises privées
Les administrations investissent, mais les PME/TPE – qui représentent 99 % du tissu économique – sont absentes des réflexions. Pourtant elles portent l’innovation, avec par exemple des solutions SaaS, IA éthique. Elles connaissent les réalités terrain comme les besoins des clients, freins opérationnels. Elles peuvent former et accompagner, à l’instar de : CyberDépart, diagnostic gratuit pour les collectivités.
Il serait intéressant de créer des espaces de co-construction, comme des ateliers mixtes public-privé et valoriser les communs numériques comme Linux, OpenStreetMap et les solution Open Source européennes comme Odoo
Remettre l’humain au centre
Avec des notions tel que :
- le droit à l’erreur : Comme l’a suggéré Léo Bégin-Doisy, les systèmes doivent tolérer les imperfections. Par exemple, proposer un contact téléphonique en parallèle du “tout” numérique.
- une médiation administrative au plus proche de la population : Former des médiateurs numériques dans les mairies, comme le font les Tiers-Lieux BFC.
- une mesure de l’impact qualitatif plus que quantitatif : Au-delà des chiffres, évaluer la “confiance en soi” des usagers. Ceux-ci doivent “se sentir compétents”.
Résister à l’IA… en la maîtrisant
L’IA est inévitable, mais elle doit rester un outil, pas un maître. Il faut enseigner l’esprit critique dès l’école (Rémy Gerbet, Wikimedia). Pour plus de transparence, nous devons trouver le moyen d’auditer les données d’entraînement des IA (exemple : biais culturels de ChatGPT, qui n’utilise que 3 à 5 % de contenus en français). Privilégier la souveraineté doit être une priorité : “On ne devrait pas utiliser un outil dont on ne connaît pas les règles” (intervention sur la loi IA).
« Fumer tue, les réseaux tuent, l’IA tue »
L’IA n’est qu’un outil et doit être considéré comme tel. À nous de l’utiliser à bon escient.
En conclusion,
La numérisation de la société dans de bonnes conditions, notamment légales, est certes à la charge de l'Etat et de l’ensemble de l’administration. Mais cette évolution ne peut être menée à pas forcés sans intégrer le secteur privé du numérique et les usagers eux-mêmes. C’est toute la société qui est concernée, et plus encore, responsable du bon déroulement de ces changements majeurs.
Il devient urgent d'intégrer les collectivités afin qu’elles ouvrent leurs portes aux acteurs privés ; d’engager les entreprises dans les réseaux régionaux afin qu’elles participent activement à la mise en place des directives du numérique ; d’inciter les citoyens afin qu’ils exigent des services numériques accessibles et humains.